Nouvelle " Ultime confession " envoyée au comité de lecture de Manuscrit.com . Je ne peux donc vous en proposer que le tout début.

Un jour, il faut bien faire le bilan de sa vie comme si on sentait sa fin imminente. Pourtant, je n'aime pas juger mes actes. Je sais pertinemment que cette introspection va être douloureuse puisque j'ai décidé qu'elle serait sincère. J'ai accepté d'être mon propre miroir. J'ai accepté de vous dire toute la vérité, rien que ma vérité comme si j'étais l'accusé dans un tribunal où toute l'humanité scruterait le moindre de mes gestes, disséquerait mon discours pour mieux épouser mes pensées et devenir un peu moi-même. Rendez-vous compte chère lectrice, cher lecteur, je suis dès à présent votre conscience. Je suis Vous ! Vous êtes Moi !

J'ai toujours vécu dans le Nord de la France, de Dunkerque en passant par Valenciennes ou Lille, mais aussi à Bavay et à Boulogne. Le nord de la France a toujours été mon territoire de chasse favori.

Mais, me direz-vous , qu'ai-je fait d'aussi grave pour m'abandonner ainsi à votre jugement ? Pourquoi, la nécessité d'écrire, de me livrer ainsi à vos sarcasmes ? Pourquoi ce besoin de confession ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Avant tout, je vais vous demander de me croire ! Oh ! Je sais ! Ce qui va suivre va vous surprendre, vous déboussoler tant mon témoignage est incroyable. Certains n'iront pas plus loin que la première page, incapables de croire à mon histoire, au récit de ma vie . Pour ceux-là, il n' y a rien à faire . Il n'y aura jamais rien à faire !

Ce qui ma fait aussi peur c'est de ne pas être à la hauteur ! Je ne suis pas écrivain. Je vous demande donc d'être indulgent avec mon écriture. Mais, assez de salamalecs, entrons vite dans le vif du sujet !

J'ai vécu dans le corps et l'âme d'une femme une partie de mon existence ! Oui, oui, vous avez bien lu ! J'ai déménagé plusieurs fois et certaines maisons bourgeoises doivent encore garder en elles l'empreinte de mon âme, l'odeur de mon corps comme celle d'un fantôme meurtri.

La nature ne m'a pas gâté et si "elephant man" rejaillissait de ses cendres, il se sentirait sans doute appolon à côté de ce débris humain qui tente d'implorer votre pardon. Plus nain que le plus petit des nains, mon visage ne ressemble pas non plus à quelque chose d'humain. En fait, je pense que je n'ai jamais eu de visage ni de taille. Je ne suis qu'une apparence difforme, un vermisseau , une larve grotesque , une énigmatique preuve de l'absurdité humaine.

Je n'ai jamais connu mes parents. Etaient-ils humains ? Souvent, j'en doute !

J'ai vécu toute ma jeunesse dans un cirque où grimé, je semblais si irréel, que le public ne se faisait aucun doute sur la simulation, et l'extraordinaire habileté des maquilleuses à me faire passer pour ce somptueux tas pathétique dont le rôle consistait à tourner comme une nouvelle planète autour d'une piste, pour exciter la foule à applaudir, à encourager , à rire.

Comme j'aurais souhaité qu'elle m'écrase sous les applaudissements !

Comme j'aurais souhaité, aussi, l'exterminer d'un simple regard !

En fait, c'était tout le contraire. J'étais adulé, réclamé, vénéré. On réclamait mes pitreries comme un indispensable élément au bonheur de tous ces gens que j'enviais et haïssais.

Il ne faut pas grand chose pour qu'ils sient heureux ou semblent l'être. Un peu de lumière, un peu de pittoresque et un pantin qui anime tout cela par des mimes, et le tour est joué. Oui, des mimes. Je suis aussi muet !

 

Un jour, constatant que ma vie se résumait au rôle d'une toupie dans un jeu de quilles ( j'aime beaucoup cette comparaison des humains à un immense jeu de quilles qu'une simple boule peut détruire !), je pris la résolution de fuir cette lumière si superficielle . Mais, je me rendis aussi compte que je ne savais rien des gens. Je ne les connaissais que superficiellement et au cirque, j'avais pour seule compagne, ma loge et son vestiaire.

Pour seule amie, pour seule ennemie, j'avais ma conscience, torturée, formidable instrument machiavélique au pouvoir insoupçonné. Mon imagination était débordante et troublante. Mille et une questions traversaient mon esprit mais, il y en a une qui me hantait, comme imprimée en permanence dans mon cerveau.

- Comment connaître l'amour ?

 

Je lus alors de nombreux ouvrages sur l'élévation de l'âme. Je lus aussi des ouvrages métaphysiques. Je m'inspirai également du bouddhisme et me mit à prier en invoquant je ne sais plus quels dieux. Je dois avouer que j'ai trouvé un certain confort, une forme de sagesse inconnue à rester dans le noir absolu, seul avec moi-même. J'avais l'impression de voyager à l'intérieur de mon propre corps, à l'intérieur de mon âme. Mais quel était donc mon but ? Petit à petit, je compris que je cherchais à m'améliorer, à m'élever au-delà de ma grotesque condition. Je voulais chasser ces pensées haineuses contre moi-même et contre les autres. Je voulais apprendre à m'aimer et à aimer !

Au fil du temps, je me surpris à ne plus feindre. Lorsque, j'entrais sur la piste, j'éprouvais même un plaisir inhabituel et mes regards vers le public étaient de plus en plus dénués de toute animosité. Ma haine disparaissait. Je commençais à comprendre que personne n'était responsable de mon état. Je mis aussi à sourire. Ma prestation semblait d'ailleurs plaire puisque les applaudissements étaient à chaque fois plus forts. Je commençais aussi à ressentir deux sentiments jusqu'alors inconnus : la satisfaction et l'amour propre.

Oui, oui, je me sentais heureux parce que j'avais appris à aimer mes contemporains en acceptant ma différence.

Cependant la même question revenait toujours !

- Comment connaître l'amour ?

A suivre....

Page mise en ligne le 1/05/05

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